Chronique par Frédéric Cotton dans lewebzine http://www.lefantastique.net + magazine Khimaira (2006)

Le deuxième album est souvent le plus intéressant car il suit un premier opus qui constitue régulièrement un "best of" de la période plus ou moins longue qui a précédé sa sortie et en dit souvent long sur le potentiel créatif d'un artiste et sur sa capacité de renouvellement. Demons Abortion, le premier album de Nehl sorti en 2002 était un petit chef d'œuvre en forme de diamant brut. Les styles étaient incroyablement variés et Nehl y faisait l'étalage de son talent de vocaliste, de compositrice et d'instrumentiste. Son influence majeure, Tori Amos était fortement présente sur certaines plages. C'est donc avec une grande impatience mais aussi avec une certaine inquiétude que la découverte de Ghost of a Child allait se faire...
La surprise est à la hauteur des espérances... mais peut-être pas là où on l'attend. Après un joli instrumental, ce nouvel album s'ouvre sur une chanson en forme de suite logique à "Demons Abortion", dans un registre similaire, piano, basse et cordes synthétiques pour une triste comptine lyrique. C'est alors que l'on découvre, si l'on avait prêté suffisamment attention à la pochette du joli digipack, que Ghost of a Child est plus qu'une simple collection de chansons mais un concept-album d'une grande tristesse dépeignant le destin funeste d'une pauvre fillette, thème qui avait d'ailleurs déjà été abordé sur Demons Abortion. Ensuite, on est immédiatement plongé, avec "Running Violins" et "Fall into the Warren", dans un surprenant tourbillon instrumental digne des partitions de Danny Elfman où s'entremêlent passages intimistes, courses effrénées et envolées méditatives, dominées par la voix paradisiaque de la belle, et qui constituent l'acte 1 du récit. D'abord décontenancé, on est rapidement ébloui puis conquis. C'est avec un "Silence" paradoxal que l'on retrouve un format de chanson plus classique. Cette plage superbe ouvre un acte 2 plus léger et enfantin, dont "Labyrinthine Perception" constitue le noyau fabuleux, plus qu'un morceau, une véritable bande originale narrative.
L'acte 3, concrétise le dénouement dramatique de l'histoire, d'abord avec quelques saynètes ("Le Cirque des Petites Insomnies" et "17h24") puis une nouvelle perle, "Dead End". En bonus, l'album offre une jolie piste vidéo filmée à Bruxelles, lors d'un concert où Nehl Aëlin remporta un succès fabuleux, volant la vedette à Persephone.

En tant que deuxième album, Ghost of a Child est une magnifique surprise qui révèle donc le terrible secret de Nehl Aëlin: elle est une grande artiste promise à un avenir doré. S'il fallait y chercher le moindre de défaut, ce serait de regretter qu'un orchestre classique n'ait pas été mis au service de ces superbes orchestration. Prions pour que le prochain album ne mettent pas autant d'années à nous parvenir.